Sophismes et climatologie

Publié le par Beurk

Lorsqu'on se balade, comme je le fais, sur le net à la recherche d'informations dur le réchauffement climatique, on trouve régulièrement sur ceux qui remettent en question le consensus scientifique sur la question.. Ils investissent certains forums, inondent les  blogs de commentaires afin de rétablir ce qu'ils croient être la vérité.  J'ai eu l'occasion de m'interroger sur les motivations de ces gens, et je ne reviendrai  pas dessus, je voudrais plutôt tenter une petite analyse de leur argumentaire. Il ne s'agit pas pour moi de faire une réfutation point par point de leur discours. En premier lieu, ce serait beaucoup trop long, et en second, d'autres, bien plus compétents que moi l'ont déjà fait(on pourra consulter ceci ou cela). Non, je voudrais plutôt faire une petite revue des différents types de raisonnements fallacieux et trucs mis en oeuvre par ces gens-là.

La première astuce , c'est simplement la pétition de principe: on commence par affirmer haut et fort qu'il n'y a aucune preuve de l'influence de l'homme sur le climat. Que tout cela n'est qu'un discours à la mode et ne repose sur aucune base solide. Le caractère péremptoire du propos étant censé compenser l'absence d'argumentaire.
Pour compléter,  on va rapprocher la thèse dénoncée à des erreurs du passé  comme la théorie du phlogisitique, l'eugénisme, ou la pseudo-découverte de canaux à la surface de Mars. C'est un cas de 
fausse analogie ,

Bien entendu, on ne s'arrête pas là.Comme les connaissances sur la question de presque tout le monde viennent de la présentation qu'en font les grands médias, une priorité consiste à expliquer que cette présentation déforme totalement la vérité scientifique. La plus grosse ficelle utilisée est l'argument d'autorité. On va citer tel ou tel scientifique s'étant prononcé contre les conclusions du GIEC, en oubliant bien sûr de préciser si ce même scientifique est bien un spécialiste du domaine considéré, s'il est encore en activité, s'il a des liens avec divers lobbys.

Une tactique plus subtile consiste à démonter quelques fausses idées sur le climat afin de suggérer que l'interlocuteur est désinformé. Par exemple, on va longuement disserter sur le fait que l'effet de serre est bénéfique à la vie en permettant à la planète d'avoir une température modérée,  ce qui est  exact(et se trouve présent dans l'introduction de toute vulgarisation sur le sujet) ou  bien que le climat  a varié considérablement dans le passé. Poussé jusqu'au bout, cet argument revient au sophisme de l'épouvantail, lequel consiste à attribuer à un adversaire une idée qu'il ne défend pas pour pouvoir mieux la démonter ensuite. On va, en particulier, insister sur le fait que le climat est soumis à bien d'autres déterminants que les gaz à effets de serre, ce que ne contestent absolument pas les scientifiques qui l'incriminent dans la hausse des températures. En jouant ainsi des méconnaissances sur le sujet, on cherche à susciter le doute, et laisser entendre que l'existence même d'un réchauffement climatique d'origine anthropique est elle aussi une idée reçue fausse.

Cette façon de suggérer un certain nombre de conclusions est une des astuces préférées de ces "sceptiques du climats". L'archétype de ce procédé c'est l'invocation de l'installation des Vikings au Groenland aux alentours de l'an 1000. Comme ce nom date de cette période et signifie "pays vert", on prétend en déduire que l'île était plus ou moins libre de glaces à cette époque, ce qui permet d'enchainer sur l'idée que le climat était "donc"globalement plus chaud qu'aujourd'hui, et que par conséquent, il n'y a aucune raison pour supposer que le réchauffement actuel n'est pas d'origine naturelle. En général, les choses ne sont pas expliquées aussi clairement, chacune des étapes du raisonnement est plus ou moins sous entendue. Cette façon de présenter est très ingénieuse, en laissant faire une partie du chemin à l'interlocuteur, on le valorise et on l'intéresse. A l'inverse, les scientifiques ont principalement tendance à  exposer leurs résultats tout simplement parce que leur démarche nécessiterait de trop longues explications pour être entièrement comprise. Suggérer l'enchainement logique sans le détailler a aussi l'avantage de rendre plus malaisée une réfutation. En effet aucune des déductions que j'ai énoncées plus haut n'est valable: les Vikings se sont installés à la pointe Sud du Groenland, dans une région qui aujourd'hui encore présente de belles prairies, le climat global ne peut se déduire de conditions locales, et l'attribution du réchauffement actuel s'appuie sur d'autres arguments que l'étude des variations du passé. On a là en fait un argument non séquitur.

Il ne faudrait pas croire que face à des interlocuteurs plus informés, les activistes anti-GIEC se découragent. En général, ils passent à la vitesse supérieure. ils soulèvent alors des éléments plus pointus. On va alors discuter sur la cause de la disparition progressive des neiges du Kilimandjaro, l'évolution des températures en Antartique, l'effet de l'extension des zones urbaines sur les mesures des températures, la validité d'une courbe de reconstruction des températures depuis 1000 ans, un refroidissement d'une année sur l'autre, sur l'influence du soleil etc... On interpelle monsieur tout-le-monde sur des points très techniques(avec parfois des références à des travaux de recherches qu'on interprête à sa guise)  , on met en relief une évolution particulière qui semble contredire la tendance générale, on va insister sur des incertitudes ou des aspects mal compris et on laisse entendre que tout cela remet en cause la science du climat dans son ensemble. Bref, on procède à des généralisations abusives voire à des sophismes de régressions.  Cette façon de procéder a un précédent: le discours du créationnisme qui se prétend scientifique. Ce dernier a souvent contesté telle ou telle méthode de datation, insisté sur l'absence de fossiles intermédiaires justifiant une filiation donnée ou bien encore ont cherché à tirer argument des difficultés à expliquer une évolution particulière. A chaque fois, l'élément en question est censé remettre en jeu tout l'édifice darwinien. Dans les deux cas, c'est assez astucieux, étant donné que très peu de gens sont réellement capables de comprendre la signification réelle des données scientifiques dont on débat, on ne risque pas trop d'être contredit...

On pourrait penser que la référence à l'opinion dominante dans la communauté des chercheurs sur le climat puisse clore le débat. Il n'en est rien. Pour répondre à ce point, les "sceptiques du climat" procèdent alors à  un procédé bien connu: l'attaque à hominen. Les scientifiques sont accusés de privilégier les scénarios catastrophistes afin d'obtenir des crédits voire de pratiquer une véritable chasse au sorcière sur les dissidents. Aucune preuve factuelle sérieuse n'est avancée pour justifier ces accusations. Ce genre d'allégation rappelle encore une fois celles utilisées par les partisans de l'intelligent design.

Poussé à son extrême cette vision sombre dans la théorie de la conspiration. On attaque alors les intentions supposées des tenants du réchauffement climatique sans autre preuve que des insinuations. On fait ici souvent un appel à l'émotion en expliquant, par exemple, que l'incrimination des gaz à effet de serre a pour but d'empêcher le tiers-monde de se développer.

Bien entendu, plusieurs de ces différents raisonnements fallacieux sont souvent présents en même temps. Un exemple parfait est celui de l'exploitation que font certains de la corrélation entre CO2 et température ans les archives glaciaires, et du décalage dans le temps que l'augmentation du CO2 présente vis à vis du celle des températures dans ces mêmes archives . On retrouve en premier lieu le sophisme de l'épouvantail: alors que la science n'affirme pas que le CO2 initie la hausse des températures lors des sorties d'âges glaciaires (
ce sont des paramètres astronomiques qui sont mis en cause), on lui attribue cette thèse qui se trouve alors invalidée. Puis on passe au faux dilemme selon lequel si ces deux choses sont corrélées, alors soit l'une est la cause de l'autre soit l'autre de l'une(en réalité il y a d'autres possibilités: elles sont causées par un même phénomène, ou, et c'est le point de vue scientifique ici, elles s'influencent l'une l'autre dans un phénomène de rétroaction). Enfin, on procède à une fausse analogie en sous entendant que la hausse de la concentration en dioxide de carbone actuelle pourrait être causée par une augmentation des températures(alors qu'e les variations actuelles ne sont pas dans les mêmes échelles de temps que celle des archives glaciaires.).

Au bout du compte, ceci n'est que de la mauvaise foi, comme on en a trouvé dans des domaines similaires tels le déni du sida. Ce qui m'agace le plus dans le mouvement anti-environnementaliste, c'est qu'il cherche à se faire passer pour du scepticisme scientifique. Les organisations sceptiques ne s'y laissent pas en général prendre(comme l'illustre par exemple le dossier du center for inquiry sur la question), mais certains se laissent abuser et n'hésitent pas à mettre sur le même plan les travaux du GIEC et des pseudo-sciences tels l'ufologie. Comme quoi, il ne suffit pas de se proclamer rationnel pour l'être.

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Domie 02/09/2008 22:22

Même si le réchauffement climatique était une légende, ça n'empêche pas qu'il est largement temps d'agir avec sagesse et bon sens, car nous gaspillons et n'avons pas le respect de notre planète. Nous n'avons pas non plus le respect de nous-mêmes, humains, à nous laisser aller ainsi...
Voir mon article " MÊME SI LE RÉCHAUFFEMENT ÉTAIT UNE ARNAQUE" sur http://petites-pensees-ecolos.over-blog.com/article-6003791.html

Jacques 01/09/2008 18:22

Je vois que vous tombez vous-même dans les travers que vous dénoncez...

A mon sens, la seule attitude valable est d'examiner en toute équanimité les arguments des uns et des autres.

Et d'examiner, aussi et surtout, les faits !

Le reste n'est que littérature, au mieux, ou idéologie au pire...

Beurk 08/09/2008 11:30


A vrai dire, mon intérêt pour les questions environnementales vient justement de ma rencontre avec le discours "sceptique" sur le réchauffement climatique. J'ai cherché à en savoir plus et à
connaître la valeur de ce discours. C'est justement la confrontation des arguments des uns et des autres qui m'a convaincu que c'était un point de vue largement plus idéologique que
scientifique.
Pour ce qui est d'examiner les "faits", il faut tout de même se rendre compte des limites que nous pouvons avoir en tant que non-spécialistes,La science est un travail à plein temps, et plutôt que
d'interpéter les données à tort et à travers, il est préférable de s'intéresser d'abord à ce qu'en pensent les cherchuers.


Xavier 27/08/2008 09:54

Bien vu Beurk. Bien construit. On retrouve ces dynamiques sur d'autres débats. Soutenus parfois par les mêmes lascars...
x.
ps : j'ai trouvé ton blog par le commentaire que tuas laissé sur la mouche et la vitre, un blog de Libé ( http://marxsister.blogs.liberation.fr/2008/2008/08/la-dcroissance.html?cid=127963180#comment-127963180 )