Ces derniers temps, j'ai eu quelque peu tendance à m'en prendre quelque peu à ceux qui nous gouvernent, à leur reprocher leur inaction ou leurs mesurettes vis à vis
de la crise qui se profile. Il est cependant facile de s'en prendre aux gouvernants, tout en oubliant que leurs prises de positions sont souvent dépendantes de l'opinion publique. Celle-ci n'est
pas nécessairement en avance sur les élites, elle peut même faire preuve d'une fâcheuse tendance au déni de réalité.
L'attitude et les réactions face à la hausse du prix du pétrole me semblent assez révélatrices. Il faut lire et écouter les réactions de la grande majorité des gens. Sont mis en accusation
régulièrement: les spéculateurs qui feraient monter le prix du brut sans raison, ou bien l'état qui se sucrerait sur le dos des automobilistes(!) ou encore les compagnies pétrolières qui
s'entendraient pour faire exploser les prix. L'idée que la production pétrolière puisse avoir des limites physiques n'est quasiment jamais évoquée. Sans doute faut-il y voir une caractéristiques de
l'esprit humain, qui a tendance à chercher des responsables aux malheurs, plutôt que des causes objectives. Pour appuyer ces explications, on mentionne des "faits" qui relèvent du canular. Ainsi,
on trouve un peu partout sur le net l'affirmation selon laquelle en Euros, le pétrole n'aurait pas augmenté depuis 2002. On trouve un exemple de ce bobard à cet endroit. Extrait:
Un petit récapitulatif est ici nécessaire (les chiffres sont arrondis à l’inférieur) :
-en 2002 : 1 dollar vaut 1,25 euros ; le baril (à 60 dollars en 2002) valait donc 75 euros.
-en 2008 : 1 dollar vaut 0,63 euros, le baril (à 100 dollars aujourd’hui) vaut donc 63 euros.
Il n'est pourtant pas difficile de se rendre compte que ces chiffres sont faux. Petit graphique:
source
Dans un genre assez similaire, l'incrédulité ou l'indifférence vis à vis du phénomène du réchauffement climatique est assez répandue. Un cas assez typique est celui de l'animateur de télévision
Laurent Cabrol. On trouve des extraits de son livre sur son blog, et c'est vraiment édifiant:
"On cherche à nous faire croire que nous sommes les grands fautifs du réchauffement. Or,nous émettons,nous,Français, 2 à 3 % seulement du total des émissions de
gaz à effet de serre de la planète. Nous devons ces performances à nos centrales nucléaires qui nous donnent de l’électricité propre pendant que les Chinois mettent en service une centrale à
charbon toutes les semaines. […] À l’échelle de l’atmosphère, nos rejets sont insignifiants. En réduisant de 10 kilomètres/heure notre vitesse sur les autoroutes,nous économiserions en un
an ce que les Chinois consomment en trois heures."
La question, qui est bien évidemment globale, est ramené au petit monde franco-français! Nous les
gaulois ne sommes pas coupables!
Ce qui est le plus affligeant, c'est qu'au nom du refus de la culpabilisation de nos compatriotes, on se permet de balayer d'un revers de la main les travaux des chercheurs, et on s'autorise toutes
les spéculations:
"Mais il existe une autre pompe à carbone. Celle-là est biologique. Elle est actionnée par deux stars des surfaces océanes, deux bactéries au nom barbare : Prochlorococcus et Synechococcus.Elles existent par milliards dans les eaux de surface des mers.Ces bactéries vivent grâce à la combinaison de la lumière et du
gaz carbonique qu’elles avalent.[…] Serait-il idiot de suggérer qu’elles puissent devenir de grosses
dévoreuses de carbone ? Idiot d’imaginer qu’elles puissent se réactiver ou même que nous les multipliions ? Serait-il idiot d’imaginer que le globe, organisme vivant, crée en son sein des cellules
avaleuses de CO2 comme notre organisme crée des anticorps pour lutter contre les maladies ?"
Non ce n'est pas idiot, c'est simplement une suggestion étayée par aucun élement de preuve que ce soit....
Ces deux exemples me semblent assez révélateurs de ce qui risque de se passer lorsque nous nous débattrons avec de gros problèmes liés à la crise écologique. Plutôt
qu'une remise en cause de notre organisation sociale ou la modification de nos modes de vie, il est probable qu'on assistera à des dénis de réalités et à la recherche de bouc-émissaires. Bref, pour
en revenir à mon point de départ, ce n'est pas seulement aux dirigeants qu'on doit s'en prendre, car on a souvent les dirigeants qu'on mérite...
Par Beurk
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