A quoi servent nos hommes politiques?

Publié le par Beurk

Il faut que je l'avoue franchement, il y a vraiment des choses qui me dépassent  en ce bas monde. j'ai beau retouner dans tous les sens les faits qui sont portés à ma connaissance, je ne parviens pas à  me les expliquer.

Dernièrement, c'est un point de vue collectif publié dans "Le Monde" qui me plonge dans la perplexité. Ce texte prétend tirer les leçons de la crise financière, et dénonce l'évolution du système économique. Il est intitulé :"La finance folle ne doit pas nous gouverner"

Il n'est pas inutile d'en citer quelques extraits. Les auteurs partent d'un constat:
"Cette crise financière n'est pas le fruit du hasard. Elle n'était pas impossible à prévoir, comme le prétendent aujourd'hui des hauts responsables du monde des finances et de la politique. "

Il ne se contentent pas d'affirmer ce caractère prévisible des difficultés financières, ils en pointent aussi les conséquences:
"La crise incarne de fait l'échec de marchés peu ou mal régulés et elle nous montre une fois de plus que ceux-ci ne sont pas capables d'autorégulation. Elle nous rappelle également les inquiétantes inégalités de revenus qui ne cessent de croître dans nos sociétés et jette de sérieux doutes sur notre capacité à nous engager dans un dialogue crédible avec les nations en développement concernant les grands défis mondiaux."

La dérégulation financière est dénoncée avec vigueur:
"Le secteur bancaire dit "de l'ombre", peu ou pas régulé, n'a fait que croître au cours des vingt dernières années."
......
"Les prêts hypothécaires douteux, basés à tort sur l'idée que les prix de l'immobilier continueraient d'augmenter sans cesse, permettant ainsi de rembourser la dette contractée, ne sont que les symptômes d'une crise plus large en matière de gouvernance financière et de pratiques commerciales.

Les auteurs insistent, par ailleurs, sur les signaux d'alarmes ignorés par les décideurs:
"Nous avions été mis en garde des dangers de cette situation. Alexander Lamfalussy et le Comité des sages, dans un rapport sur les marchés des valeurs européennes (2001), ont souligné le lien entre l'apparente efficacité accrue de ces marchés et le prix à payer en matière de stabilité financière. Paul Volker, il y a quelques années, avait déjà exprimé son inquiétude. Paul Krugman a également pointé le doigt vers les menaces posées par des entités financières non régulées en croissance il y a à peu près une décennie.


Ils envisagent une mise au pas de la finance:
"La crise financière ne démontre que trop clairement que l'industrie financière est incapable d'autorégulation. Il est impératif d'améliorer le contrôle et le cadre réglementaire des banques. Il faut également revoir les cadres réglementaires pour les instruments d'investissement. L'utilisation d'instruments financiers (comme les CDO, obligations adossées à des actifs financiers divers) doit être réglementée. Toutes les institutions financières devraient, à l'instar des banques, maintenir des réserves minimales, et le ratio d'endettement ne peut rester illimité. Enfin, les régimes de primes doivent être revus afin d'éviter que la prise de risques inconsidérés ne soit encouragée sans une certaine prudence."

Il dénoncent sans concession l'évolution économique:
"'inégalité croissante de revenus s'est produite parallèlement à une croissance continue du secteur financier.... les politiques mal avisées ont également eu un impact majeur dans ce domaine. Le capital financier représente à présent quinze fois le produit intérieur brut (PIB) de tous les pays. La dette cumulée des ménages, des entreprises financières et non financières et des autorités publiques américaines représente plus de trois fois le PIB des Etats-Unis, soit deux fois le niveau enregistré lors du krach boursier de 1929."

et s'inquiètent de leurs conséquences sur les pauvres:
"Les augmentations spectaculaires des prix de l'énergie et des produits alimentaires viennent aggraver les effets de la crise financière et sont de mauvais augure. Il est très significatif que les fonds spéculatifs ont contribué à la hausse des prix des denrées de base. Les citoyens des pays les plus pauvres en seront les plus touchés. Nous risquons de nous trouver face à une misère sans précédent, à une prolifération d'Etats en faillite, à des flux migratoires plus importants et à davantage de conflits armés."

A lire ces lignes, deux réactions peuvent venir. Il y a d'abord ceux qui se demanderont quels sont ces altermondialistes qui, ne comprenant rien à l'économie de marché, accumulent autant d'erreurs en quelques lignes. Les autres se diront qu'il serait temps que des dirigeants avec de telles idées soient aux commandes.

Au fait, qui sont ces auteurs?
Les voici:

Jacques Delors, Jacques Santer, anciens présidents de la Commission européenne ;

Helmut Schmidt, ancien chancelier allemand ;

Massimo d'Alema (Italie), Lionel Jospin (France), Pavvo Lipponen (Finlande), Goran Persson (Suède), Poul Rasmussen (Danemark), Michel Rocard (France), anciens premiers ministres ;

Daniel Daianu (Roumanie), Hans Eichel (Allemagne), Par Nuder (Suède), Ruairi Quinn (Irlande), Otto Graf Lambsdorff (Allemagne), anciens ministres de l'économie et/ou des finances.


C'est là que je ne comprends pas vraiment: pourquoi tous ces gens, qui ont occupé des fonctions dirigeantes, n'ont pas entrepris de mettre au pas la finance comme ils le proposent dans leur texte? Je ne vois que deux explications possibles.

La première, ce serait qu'en fait l'évolution économique de ces derniers mois leur aurait ouvert les yeux, et les aurait contraints à revoir leurs positions. Dans ce cas, on attendrait de leur part , si ce n'est un acte de contrition, au moins l'aveu de leur erreur passée.

La seconde, c'est qu'en réalité leur situation de dirigeants ne leur aurait pas permis d'agir, car leur marge de manoeuvre vis à vis de l'environnement international aurait été trop faible. Là, une analyse de cette impuissance et des idées pour y remédier m'auraient paru indispensable.

Comme je le disais, cette façon de donner ainsi son point de vue sur ce qu'il faudrait faire, comme si on n'avait jamais connu de responsabilité, sans se justifier le moins du monde sur ce que l'on a pas fait, cela me dépasse.

Les crises financières peuvent avoir des conséquences dramatiques, mais la crise environnementale que ce siècle risque de connaître, pourrait être d'une toute autre dimension. Verra-t-on lorsque ses conséquences seront visibles, des anciens chefs de gouvernements et des anciens ministres nous expliquer doctement ce qu'il aurait fallu faire lorsqu'ils étaient au pouvoir? Auront-ils ce culot?

Source: L'article du monde.

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Aerobar 07/06/2008 10:34

Le vrai problème, c'est que la prise de conscience date : http://aerobarfilms.over-blog.com/article-16581060.html

Et c'était déjà dans le Monde !

Beurk 07/06/2008 13:34


En effet, et c'est ce qui rend encore plus choquant l'absence de la moindre explication de  ces ex-cirigeants, concernant leur inaction passée.


ploutopia 07/06/2008 00:57

Tu soulignes là le problème central des sociétés. Le politique doit reprendre le pas sur l'économique. Comme l'as dit Karl Polanyi "dans les sociétés anciennes, l'économie était encastrée dans la société dont elle s'est désomais dégagée pour la dominer."

Maintenant, derrière économie ou politique, ce sont toujours des banquiers ou des politiciens qui ne sont jamais que des hommes souvent partial et orgueilleux (course à l'investiture de plus en plus américanisée). Alors? Bonnet blanc ou blanc bonnet? Reste malgré tout, que dans une vraie démocratie, les politiciens ont normalement été élu par la majorité qu'ils sont sensés représenter. Et vu le caractère vital d'une monnaie pour une société (DOGME 4 et 5 de mon blog http://ploutopia.over-blog.com) il me semble essentiel que sa gouvernance revienne aux politiciens. L'argent est en effet le sang du corps de la nation et son contrôle devrait relever de la tête (politique) et non d'un de ses organes (économique)! A quand la Théôria politique de Platon et Aristote? A quand les philosophes roi de Platon?

Il y a malgré tout un passage de l'article du Monde qui est erroné: "Toutes les institutions financières devraient, à l'instar des banques, maintenir des réserves minimales, et le ratio d'endettement ne peut rester illimité". Ce ratio d'endettement est de la poudre aux yeux. Un ratio (réserve fractionnaire) de 8% permet de créer 12 fois plus d'argent qu'au départ. Et au Etats-Unis, il est possible pour des banques d'arriver à multiplier le montant en monnaie centrale par 20 voire par 30 (voir http://www.pauljorion.com/blog/?p=348).

Mais ce n'est pas tant cette multiplication qui grave car, en dehors de toute spéculation, elle répond tout de même à des besoins réels. Ce qui est grave c'est qu'elle soit légalement sous l'unique contrôle des banques (article 108 du traité de Lisbonne) et qu'elles prétendent à des intérêts pour de l'argent créé à partir de rien! Voir www.gtmonnaie.be et http://ploutopia.over-blog.com/pages/Presse_Ceci_est_pour_vous-445053.html