Pourquoi des "sceptiques" du climat?

Publié le par Beurk

La "prise de conscience" écologique semble générale, et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre largement acceptée. Le réchauffement climatique fait régulièrement les gros titres des journaux et est devenu une priorité politique, au moins dans les discours. Ceci explique la surprise que l'on peut éprouver, lorsque, pour la première fois, on se trouve confronté aux propos de ceux qui se nomment "sceptiques" du climat. Tout ce que monsieur-tout-le monde a entendu sur le sujet est mis en doute: l'existence d'un consensus scientifique sur la question, la réalité du réchauffement climatique, son attribution à l'effet de serre additionnel, la responsabilité des émissions industrielles dans l'accroissement du CO2, l'amplitude de la hausse des températures attendue, la dangerosité du phénomène... Assez souvent, ces points sont soulevés sans aucun soucis de cohérence, on expliquera dans un premier temps que la hausse des températures n'est l'effet que d'un biais dans les mesures, pour ensuite affirmer qu'elle est due à des causes naturelles, et enfin, finir par nous dire qu'elle est bénéfique.Le nombre et la diversité des arguments présentés sont tels qu'il est difficile d'en faire une liste exhaustive. Certains s'y sont pourtant essayé et ont entrepris de reprendre un à un ces arguments et de rétablir les choses. Quelques exemples(malheureusement en anglais):
"How to talk to a climate skeptic"
"Climate change: A guide for the perplexed " par le magazine "newscientist"
"Climat change myths" par le met office britannique
" a reasonably thorough debunking"
"skepticalscience"
"Responses to common contrarian arguments" articles(en partie en français) du site real climate

Mon objectif aujourd'hui, n'est certainement pas de réfuter point par point le discours sceptique, je préfère renvoyer le lecteur aux liens ci-dessus pour cette question, mais plutôt de m'interroger sur les raisons de ce mouvement.
Il est clair que beaucoup de sciences sont contestées par des gens plus ou moins sérieux. Sur la toile, on trouvera, par exemple, des sites de gens s'attaquant à la relativité d'Einstein, d'égyptologues amateurs s'opposant aux "théories officielles" sur la grande pyramide, et bien sûr, de créationnistes dénigrant le darwinisme.


Il y a plusieurs types de sceptiques.
Au premier niveau, on trouve des réactions primaires telles l'incrédulité vis à vis de la possibilité de modifier un système aussi vaste que le climat terrestre, ou telle que le refus de "se culpabiliser" chaque fois qu'on prend sa voiture. Dans ce genre, on trouve, par exemple, l'animateur de Télé Laurent Cabrol.

A un niveau un peu plus profond, il y a des motivation idéologiques. Je distinguerais deux groupes principaux: les "libéraux" et les "scientistes".

Parmi les premiers,  ceux qui refusent toute restriction au marché, voient d'un très mauvais oeil les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce courant est très actif dans le monde anglo-saxon, en particulier dans la mouvance "libertarienne", et un certain nombre de think tanks défenseurs d'un libéralisme économique sans concession ou bien proches de la mouvance ultra-conservatrice  se sont investis dans le débat. En voici quelques-uns:
_Competitive Enterprise Institute
_Australian APEC Study Centre
_Institute of Economic Affairs

En France, ce courant est représenté par l'institut économique Molinari, ou par des auteurs comme André Fourçan ou Guy Sorman. Le fait que ces gens, dont les compétences et les centres d'intérêts sont fort éloignés de la climatologie, prennent position sur la question contre le point de vue largement dominant chez les chercheurs du domaine, fait penser, de façon ironique, au refus dans l'ex-Union Soviétique de la génétique et au soutien apporté alors, par les autorités, aux thèses de Lyssenko...

Le second groupe est plus présent en France, ou la tradition rationaliste(dans laquelle je me reconnais en partie) dérive parfois en une idéologie scientiste . Personne ne se réclame de ce qualificatif, mais cela correspond clairement à un courant. Ceux qui en font partie ressentent tout point pouvant apporter de l'eau au moulin des thèses écolos ou toute remise en cause de tel ou tel aspect  du progrès technique comme une attaque contre la science. Dans leur esprit, il n'est pas de problème humain qui n'ait de solution technique, et  l'idée que cette même technique puisse engendrer des nuisances, est considérée comme obscurantiste. Ceux qu'on peut qualifier de "scientistes" ne sont pas tous dans ce cas, car ils ont souvent le respect du travail des chercheurs. Toutefois, cette tendance a un porte-drapeau médiatique et tonitruant en la personne de
C. Allègre .

Ce courant joue souvent le rôle de paravent pour un scepticisme directement lié à des intérêts particuliers. Pour en témoigner une petite liste d'organisations financées par l'industrie du pétrole ou du charbon:
_
Friends of science
_
Georges Marshall institute
_Lavoisier Group
_Greening earth society

Pour terminer, il y  a parmi ceux qui remettent en cause le réchauffement climatique, un certain nombre de gens de bonne foi, qui sont tombés un jour sur un argumentaire d'opposants au GIEC et se sont laissés persuader. Ils risquent d'être au moins aussi difficiles à convaincre que les autres, car, pour eux, changer d'avis, c'est admettre qu'ils se sont faits "avoir".

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charles Philipps 31/03/2008 10:18

Allègre a encore frappé dans son article du point !
Comment mélanger climat et météo !
les sceptiques se précipitent et applaudissent! on verra dans les années futures comment il vont se remettre sur leurs pieds aux prochains désastres, ou a l'étude sur la durée !

L'avenir nous donnera des données supplémentaires, espérons qu'il ne sera pas trop tard pour qu'on agisse ensemble. Car pour qu'une action soit efficace il faut que "la conscience collective" soit accordée, pas divisée...

Beurk 05/04/2008 10:26


La confusion que fait Allègre entre climat et météo dans ses écrits est pour moi insupportable: je ne conçois pas qu'un scientifique de haut niveau puisse faire involontairement une telle erreur.