La question du nucléaire(partie 2)

Publié le par Beurk

Après avoir, dans le précédent article analysé, et pour tout dire, quelque peu démonté l'argumentaire des anti-nucléaires, il me semble juste de passer à la moulinette critique une défense de cette même énergie nucléaire. J'ai choisi de me pencher sur celle de J-M Jancovici parce que l'auteur a pour sujet d'intérêts principaux le réchauffement climatique et la question des réserves en carburants fossiles, ce qui correspond largement aux thématiques de ce blog.

Jacovici consacre plusieurs textes à la question nucléaire, mais l'article indiqué en lien est assez bon résumé de son argumentaire. Il y évoque quelques "idées fausses"(selon lui) et dans le même temps, fait un pladoyer sur cette source d'énergie.

Il y commence à balayer quelques arguments faciles comme celui qui affirme que le nucléaire ne serait pas démocratique ou bien qu'il concernerait une part trop faible de la production d'énergie pour être une réponse à la question des émissions de gaz à effet de serre.

La question à laquelle il s'attarde le plus est, bien sûr, celle de la pollution liées à l'industrie nucléaire. Les arguments présentés ici sont assez inégaux. Le pire est peut-être le tableau ou il compare les masses de déchets issus de différentes origines. Il est bien entendu absurde de mettre en balance, par exemple des ordures ménagères avec des produits toxiques à très faible dose, issus du nucléaire ou pas. Ce genre de rapprochement, fait sans tenir compte de la dangerosité, ne vaut évidemment pas grand chose. Il est clair que Jancovici cherche à relativiser le danger des déchets radioactifs, mais s'il tape parfois juste, comme lorsqu'il compare avec des résidus d'une dangerosité d'origine chimique, il en fait aussi parfois trop.

On peut faire la même critique concernant les passages sur Tchernobyl. Il est certes, tout à fait exact que des exagérations plus ou moins délirantes ont circulé sur les conséquences de la catastrophe.  Par contre, lorsqu'il affirme que:"
La borne supérieure du nombre total de décès qui pourraient venir de Tchernobyl [... ]est de 4.000 morts.", ce n'est pas tout à fait exact. En effet, ce chiffre de 4000 concerne, en fait, les 600 000 personnes ayant reçu de fortes doses et n'est pas une borne supérieure: pour  les 5 000 000 de personnes ayant reçu des doses plus faibles, on donne une augmentation de la mortalité par cancer qui pourrait être de 1% ce qui représenterait plusieurs milliers de décès. (on trouvera plus de détails à cet endroit.). En fait, la lecture des études sur la question, laisse un goût d'inachevé la conclusion du lien donné est d'ailleurs: "these findings, however, should be considered as preliminary and need confirmation in better-designed studies with careful individual dose reconstruction".
Jancovici n'aborde pas réellement la destruction de l'environnement suite à la contamination et les zones qui sont désormais inhabitables comme le montre la carte ci-dessous:

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Bref, tout ce passage sur Tchernobyl n'est pas entièrement convaincant. Ce qui est curieux, c'est que Jancovici oublie de dire préciser le point le plus important à propos de la catastrophe de Tchernobyl, c'est que le niveau des dégâts comparé à l'accident de three mile island a montré la nécessité des enceintes de confinement, lesquelles équipent les centrales françaises.

Il y a deux points qui sont encore plus faibles dans l'argumentaire présenté: il s'agit de la limite des ressources en uranium et la question de la dissémination. La réponse à la disponibilité limité du "combustible" est celle censée être fournie par les générateurs de quatrième génération. Le problème, c'est que ces générateurs ne sont pas aujourd'hui au point. Jancovici affirme le contraire en prenant comme exemple superphénix, expliquant qu'il a fonctionné pendant plusieurs années. La vérité est pourtant qu'il fut bien plus souvent arrêté qu'en marche et l'argument "c'est normal que cela ne marche pas du premier coup" est un peu faible pour un prototype qui a été en service plus de 10 ans. Actuellement, on considère que la filière de quatrième génération ne sera pas disponible à condition  industriellement avant 2040 selon le ministère de l'industrie.Il faut noter qu'il y a de celà 30 ans, on pensait pouvoir les développer dès le début du 21ième siècle.
Pour ce qui est du risque de dissémination, Jancovici nous explique que tout cela n'est que théorique et que la plupart des pays qui ont eu la bombe l'ont construite avant de développer un programme civil. En fait, tout cela est totalement hors-sujet. L'utilisation du nucléaire civil pour passer au militaire concerne des pays moins avancés scientifiquement, et leur permet d'utilser  un savoir-faire acqui par d'autres. Le fait que l'Inde ait obtenu l'arme atomique ainsi et que l'Irak a bien failli l'avoir grâce à la centrale d'Osirak, montre que le problème est réel.

Bon, malgré tout, il y a un certain nombre de points sur lesquels Jancovici est beaucoup plus convaincant. Le principal et le plus incoutournable, c'est qu'il n'y a  pas d'alternative au nucléaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et suppléer aux carburants fossiles. Les chiffres sont très clairs. Autre fait rappelé: le caractère nocif du charbon et les victimes qu'a engendré son exploitation soutiennent très bien la comparaison avec les dangers du nucléaire. Enfin, et c'est là le fait essentiel, les effets négatifs du nucléaires doivent être mis en balance avec ceux du réchauffement climatique, auxquels j'ajouterai la crise des carburants fossiles.

Que dire pour conclure? Qu'évidemment je n'ai bien sûr épuisé le sujet, mais que plusieurs conclusions s'imposent:

1) Le nucléaire est une énergie incontournable pour les prochaines années. Par sa capacité de production, ses faibles émissions de gaz à effets se serre, il se présente comme un moyen important de remplacer les combustibles fossiles.

2) Ce n'est pas une panacée: son utilisation est limité par les ressources en uranium, les risques politiques et la nécessité de mesures de sécurité qui ne peuvent pas être mises en œuvre partout dans le monde.

3) Le nucléaire n'est qu'une réponse partielle à la crise des carburants fossiles, il ne dispense, par exemple, en aucun cas d'une politique d'économie d'énergies importantes. c'est là d'ailleurs un point sur lequel le réseau "sortir du nucléaire" et Jancovici sont d'accord.

4) En l'état actuel de la technique, le nucléaire n'est pas durable, il ne dispense pas du développement d'alternatives.



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charles Philipps 27/03/2008 22:53

j'ai enfin fini mon déboulonnage de l'interview d'Anne Lauvergnon dit atomic Anne.

Pour ceux que cela intéresse c'est ici: c'est très long , parfois très technique .(désolé).

http://blog.idoo.com/fracty/archives/byday/09-03-2008

Ma conclusion après cette recherche est que le nucléaire en France fut avant tout un choix politique et stratégique mais jamais scientifique. Désolé si cela déplait
mais l'éthique n'est pas absente de la science !(scientia = sagesse) vous savez bien que la technique pure peut mener a des désastres sans nom. Normalement la science qui se respecte doit étudier TOUT les coté d'un sujet.
Et 'un point de vue éthique, le nucléaire est simplement "mortel" .
D'un point de vue technique, vu que les déchets et le démantèlement ne sont pas résolus, c'est encore un double couac.

Sandro Minimo 24/03/2008 19:12

Je suis tout à fait d'accord avec Yves, le nucléaire, en plus d'être dangereux (déchets, transports, extraction, accidents potentiels), non renouvelable et participant à la prolifération d'une énergie pouvant facilement se transformer en arme destructrice, est tout simplement irréaliste en terme de volume de production d'énergie. Il ne peut QUE rester ultra-minoritaire...

J'ai aussi fait un petit argumentaire sur mon blog :

http://sandrominimo.blog.tdg.ch/nucleaire-et-dereglement-climatique.html

Yves 15/03/2008 14:48

A ajouter à la critique de Janco : Alors qu'il aborde le sujet pour les renouvelables, il ne s'intéresse absolument pas, pour le nucléaire, au limites physiques de constructions des réacteurs.
A savoir, environs 600 réacteurs ont déjà été construits sur terre.
La part d'energie finale fournie par le nucléaire dans le monde est de l'ordre de 2% (l'energie primaire de l'ordre de 6%)
Etalée sur 20 ans, la construction de 100 réacteurs par ans permet en 2030 d'ateindre 10% de l'energie finale mondiale ....

Or, en réalité, nous devrions obtenir maximum de l'ordre de 30 centrales tous les 10 ans, soit gand maximum une vingtaine de réacteurs par ans ....

Hors les problèmes de fourniture de combustibles, nous sommes tout simplement dans un projet qui n'est pas réaliste, de l'ordre de minimum 5 fois au dessus de nos capacités de productions ...

Fulmar 11/03/2008 08:58

Très bon article, +1 sur ces conclusions en quatre points. Bravo pour cette série d'articles en deux actes !